Fils de Laïos, roi de Thèbes et de Jocaste, Oedipe est un héros. Et comme beaucoup de héros, sa vie n’a rien d’un long fleuve tranquille… Censé être tué à sa naissance, il ne l’est pas, mais censé tuer son père et épouser sa mère, il fait. Une histoire tragique, première production commandée par Alexander Neef, le nouveau directeur général de l’Opéra de Paris, contée pendant 3 heures sur la scène de l’Opéra Bastille. Et c’est un grand moment de plaisir !

Oedipe, Georges Enesco, Opéra Bastille, jusqu’au 14 octobre – Jean-Jacques, responsable de spectacle – perruque, maquillage à l’Opéra national de Paris http://www.operadeparis.fr – 08 92 89 90 90* ou +33 1 71 25 24 23

Comment ne pas être touché, concerné par le drame d’œdipe ? Qui ne s’est pas posé la question de son destin ? Et si on le connaissait avant…. cela changerait-il notre vie ? Une interrogation qui revient comme un refrain dans nos vies, n’est-ce pas ?… Œdipe, comme Antigone Non ? Georges Enesco a, lui, été bouleversé par une représentation de la Comédie Française, de la pièce de Sophocle. Il n’a pas encore de livret mais travaille de suite à la partition. C’est Edmond Flegenheimer dit Edmond Fleg (1874-1963), écrivain, philosophe, essayiste, il a déjà écrit le livret de Macbeth pour Ernest Bloch, qui propose une réécriture du mythe. Le livret sera définitif en 1924, après la guerre. Créée le 10 mars 1936 au Palais Garnier dans une mise en scène signée Pierre Chéreau, une chorégraphie d’Albert Aveline et des costumes et décors d’André Boll. Philippe Gaubert dirige l’Opéra avec André Pernet dans le rôle principal. L’accueil est excellent mais l’œuvre ne sera redonnée qu’en mai 1963 par l’Opéra de Bucarest.

Ingo Metzmacher à la Direction musicale

ŒDIPE OPERA NATIONAL DE PARIS prégénérale 17 septembre 2021

Directeur général de la musique à l’Opéra de Hambourg de 1997 à 2005, puis Chef principal de l’Opéra national d’Amsterdam, Chef principal et Directeur artistique du Deutsches Symphonie-Orchester Berlin de 2007 à 2010. Il est, depuis 2016, le Directeur artistique du Festival KunstFestSpiele Herrenhausen basé à Hanovre et est invité par de grandes scènes lyriques internationales. Il s’est efforcé dès le début de sa carrière de rendre populaire la musique contemporaine
comme de proposer une écoute nouvelle de la musique classique. Sa direction d’œdipe, fort brillante donne du relief aux sonorités contemporaines, Enesco ayant été influencé par la musique française Debussy et Fauré, mais aussi par le folklore de son pays.

Wadji Mouawad, un très grand metteur en scène

Wadji Mouawad – La Colline théâtre National

Né en 1968 au Liban où il a passé son enfance, Wadji Mouawad rejoint le Québec. Comédien, auteur et metteur en scène, il signe des adaptations et mises en scène de pièces contemporaines, classiques et de ses propres textes. Diplômé de l’École nationale d’art dramatique du Canada en 1991, il co-fonde avec Isabelle Leblanc sa première compagnie, le Théâtre Ô Parleur. À la direction du théâtre de Quat’Sous à Montréal de 2000 à 2004 puis du Théâtre français du Centre national des Arts à Ottawa, il est artiste associé du festival d’Avignon en 2009 où il crée le quatuor Le Sang des promesses, puis s’associe avec ses compagnies de création Abé Carré Cé Carré-Québec et Au Carré de l’Hypoténuse-France au Grand T à Nantes en 2011. Wadji Mouawad travaille sur les tragédies de Sophocle depuis très longtemps, il a notamment monté 3 fois l’ “Œdipe roi”. Et en 2016, il a même écrit une pièce intitulée “Les Larmes d’Œdipe”, qui relie la tragédie à la situation politique actuelle de la Grèce. Il est nommé directeur de La Colline le 6 avril 2016. Son parcours est extrêmement dense… Il fallait bien s’attaquer à un opéra qu’il qualifie de « pétrolier », une énorme machine… En savoir++ : http://www.colline.fr

Wadji Wouawad : « je suis le post modernisme »

“La guerre du Liban, il n’y a pas plus post-moderne. La déconstruction, c’est un truc de riches. Quand tout va bien, on déconstruit. Quand on n’a pas les moyens – quand on est soi-même complètement fracturé – on construit.” (source : NYT, 13/09/21).

Georges Enesco (Enescu), (1881-1955), un parcours brillant

ŒDIPE OPERA NATIONAL DE PARIS prégénérale 17 septembre 2021

Enfant prodige né en Moldavie, il entre au conservatoire de Vienne à l’âge de 7 ans. Il y étudie la composition et le violon et se produit régulièrement en public dès l’âge de 12 ans. En 1895, il s’établit à Paris pour y suivre des études musicales au conservatoire : la composition avec Jules Massenet et Gabriel Fauré, le contrepoint avec André Gédalge (1856-1926), le violon avec Martin-Pierre Marsick. À Paris, il se lie d’amitié avec notamment Alfred Cortot, Pablo Casals, Jacques Thibaud, Maurice Ravel, Jean Roger-Ducasse, Florent Schmitt, Paul Dukas et Fernand Halphen. Après la Première Guerre mondiale pendant laquelle il était reparti en Roumanie, où il composa sa Deuxième suite pour orchestre (1915) et sa Seconde symphonie (1918), un Trio pour violon, violoncelle et piano et sept Pièces impromptues pour piano, il partage sa vie entre la France et les Etats-Unis où il dirige régulièrement l’orchestre philharmonique de New York.

ŒDIPE OPERA NATIONAL DE PARIS prégénérale 17 septembre 2021

Accompagné par Gabriel Fauré et Richard Strauss, il donne des récitals en France. Lorsqu’à partir de 1928, il est professeur de violon, parmi ses élèves, on compte Yehudi Menuhin, Dino Lipatti, Yvry Gitlis, Arthur Grimiaux… Que de futurs grands artistes… Après la Seconde Guerre mondiale, il était retourné à Bucarest, grand défenseur de la musique contemporaine, il compose. Des œuvres modernes comme les Impressions d’enfance pour violon et piano (1940), un Quintette pour piano et cordes (1940) et son second Quatuor avec piano (1944). Après la guerre, il est tour à tout chef ou violoniste. Avec David Oïstrakh, Emil Gilels ou encore Yehudi Menuhin.

Christopher Maltman, Oedipe

Christopher Maltman – ŒDIPE OPERA NATIONAL DE PARIS prégénérale 17 septembre 2021

De nationalité britannique, Christopher Maltman a fait ses études à la Royal Academy of Music. Il a remporté le Lieder Prize au Concours Cardiff Singer of the World 1997. Il est principalement connu pour son interprétation du rôle-titre de Don Giovanni qu’il a chanté dans toutes les grandes capitales. On trouve également à son répertoire les rôles-titres de Wozzeck et Eugène Onéguine, Jochanaan de Salomé,
Madryka d’Arabella, Don Alfonso de Così fan tutte, Oreste d’Iphigénie en Tauride, Prospero de La Tempête, Papageno de La Flûte enchantée, le Comte des Noces de Figaro (qu’il a chanté à l’Opéra national de Paris).

Mon avis ?

J’avoue avoir été un peu craintive à l’idée d’aller écouter et voir un opéra créé en mars 1936, le seul, par un compositeur Franco-Roumain que je ne connaissais pas. Un opéra rare puisque donné seulement 10 fois à Paris il y a 85 ans ! Avec, c’est vrai, une représentation en 2008, au Capitole de Toulouse. La première surprise est venue de la musique, des sonorités, des harmonies étonnantes, l’intervention du saxophone (lorsque Œdipe se crève les yeux), à laquelle mes neurones ont dû s’adapter. Mais ils s’y sont plutôt bien fait. Étonnée aussi par Clive Bayley, très belle basse.

ŒDIPE OPERA NATIONAL DE PARIS prégénérale 17 septembre 2021

Étonnée par les très beaux costumes d’Emmanuelle Thomas, des décors très sobres d’Emmanuel Clolus. Une belle idée, celle de projeter les surtitres sur des éléments de décor, ce que j’ai ressenti comme une prise par la main du spectateur pour avoir plus de proximité avec l’œuvre. C’est réussi. Enfin, le travail de Wadji Mouawad : une mise en scène sobre rythmée de moments forts qui épousent superbement l’histoire… Une histoire univerTout ce travail d’équipe instaure une belle adhésion à l’œuvre de Georges Enesco que l’on emporte un peu avec soi en quittant l’Opéra Bastille. Un sincère bravo !

Œdipe, tragédie lyrique en 4 actes et 6 tableaux – 1936
Musique : Georges Enesco (1881-1955) – Poème : Edmond Fleg
D’après Sophocle – En langue française – Surtitrage en français et en anglais – Direction musicale Ingo Metzmacher
Mise en scène Wajdi Mouawad*- Décors Emmanuel Clolus – Costumes Emmanuelle Thomas* – Maquillage, coiffures Cécile Kretschmar*- Lumières Eric Champoux*- Vidéo Stéphane Pougnand – Collaboratrice aux mouvements Daphné Mauger*- Dramaturgie Charlotte Farcet*
Cheffe des Choeurs Ching-Lien Wu- Directeur de la maîtrise Gaël Darchen – Orchestre et Choeurs de l’Opéra national de Paris
Maîtrise des Hauts-de-Seine / Choeurs d’enfants de l’Opéra national de Paris – OEdipe Christopher Maltman-Tirésias Clive Bayley*-Créon Brian Mulligan*-Le Berger Vincent Ordonneau*-Le Grand Prêtre Laurent Naouri-Phorbas / Le Veilleur Nicolas Cavallier-Thésée Adrian Timpau*-Laïos Yann Beuron-Jocaste Ekaterina Gubanova-La Sphinge Clémentine Margaine-Antigone (acte III) Maîtrise des Hautsde-
Seine (Félicité Grand/Marie Texier)-Antigone (acte IV) Anna-Sophie Neher*-Mérope Anne Sofie von Otter-Une Thébaine Daniela Entcheva
Thébains Luca Sannai, John Bernard,-Hyunjong Roh, Bernard Arrieta,
Jianhong Zhao, Hyun Sik Zee – *Débuts à l’Opéra national de Paris

  • Réalisés par la photographe Emma Birski, les visuels de la
    saison 2021/2022 sont incarnés par le personnel de l’Opéra
    national de Paris.

Publié par presscard49096

"Le libre arbitre, c'est le pouvoir de se déterminer soi-même sans être déterminée par rien"

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