6ème édition du Guide des bonnes pratiques 2021 : l’hôpital agit pour la planète.

Du 1er au 3 novembre, le C2DS (Comité pour le Développement Durable en Santé), sera présent pour promouvoir les initiatives des professionnels de santé. Le C2DS compte aujourd’hui 700 établissements de santé dont une quinzaine de CHU, adhérents. Les résultats d’un sondage à l’attention très largement des professionnels de santé réalisé en juin 2021, montre que presque 90 % des répondants indiquent vouloir des établissements de santé exemplaires en termes d’énergie, de transport, de déchets… et presque autant veulent agir. Toutefois, 24 % ne savent pas comment agir. « Le Guide des bonnes pratiques 2021 : l’hôpital agit pour la planète » vient de sortir. Excellent point de départ !

L’hôpital, un milieu polluant

tri des déchets et bionetooyage. monblocoperatoire.com

Déchets, consommation d’énergie, gros émetteur de CO2 (chaque chirurgie émettrait en moyenne entre 150 et 230 kg de CO2, contre 120 kg de CO2 pour traverser la moitié de la France en voiture, selon une étude du Lancet)… Les déchets hospitaliers sont multiples : consommation d’énergie (2 % de la consommation énergétique nationale selon l’Ademe). Les problèmes environnementaux de l’hôpital concernent en particulier les perturbateurs endocriniens, présents dans de nombreux dispositifs médicaux (perfuseurs, des transfuseurs et des sondes de nutrition) ainsi que dans les cosmétiques et les changes utilisés dans les maternités. Sont aussi en cause la pollution médicamenteuse due aux déchets d’activités de soins à risques infectieux (DASRI) que l’on retrouve dans les eaux souterraines et dans la qualité de l’air et le domaine du nettoyage où les désinfectants et les antiseptiques, des substances dites « biocides, largement utilisées pour l’entretien des locaux, contiennent des perturbateurs endocriniens. Le poste « achats hospitaliers » est la première source d’émissions de gaz à effet de serre. Ces achats pèsent annuellement environ 18 milliards d’€. Des dépenses sont non seulement massives mais également très hétéro-gènes : entre 90 000 et 1,5 million de produits différents, rien que dans la catégorie du dispositif médical. Les achats médicaux sont caractérisés par une forte présence de plastique, souvent à usage unique. Agir sur les achats, c’est actionner le levier le plus important pour avancer dans la décarbonation.

7 % des établissements sont producteurs d’énergie renouvelable, 79 % prévoient d’utiliser des panneaux solaires. 4 % des établissements consomment une énergie renouvelable grâce à un réseau de chaleur. (Source : Observatoire C2DS).

5 kg !

Un établissement qui exerce des activités de médecine, chirurgie et obstétrique produit 1,6 kg de déchets par patient et par jour ; certains établissements jusqu’à 5 kg. (source : Primum Non Nocere)

L’usage unique

En France l’utilisation de dispositifs médicaux à usage unique est privilégiée pour des raisons de sécurité sanitaire. Des études ont été faites sur le coût de l’usage unique mais les lobbies sont très puissants. Pourquoi, dans les maternités, distribue t-on des biberons à usage unique (en plastique) imposés par les industriels du lait ?  Chaque année, 9 millions de tétines et biberons sont jetés !  

La réglementation

Depuis 2012, les structures privées de plus de 500 salariés et les organisations publiques de plus de 250 salariés doivent établir, respectivement tous les 4 ou 3 ans, un bilan d’émissions de gaz à effet de serre (Beges) portant sur leur patrimoine et leurs activités. Ce Beges concerne les émissions directes associées à l’énergie (scope 1), ainsi que les émissions indirectes provenant de l’énergie de réseau (scope 2).Le scope 3, optionnel, prend en compte toutes les autres formes d’émissions indirectes de GES et donne du sens. Par exemple : l’achat de services et de produits, les déplacements domicile-travail, le transport amont de marchandises, la gestion des déchets, l’immobili-sation des biens…Initialement appelé bilan carbone, cet outil de mesure des émissions de GES directes et indirectes s’appelle désormais un Beges complet.

Certains hôpitaux font ! Pourquoi pas les autres ?

Le Centre Oscar Lambret à Lille ( 59) enregistre une diminution de 11,53 % des émissions de CO2 entre ses deux Beges de 2015 et 2019.Entre 2012 et 2018, le Centre Hospitalier de Cannes (06) a réduit les siennes de 17 %, soit 512 tCO2e en moins. Les émissions de certains postes ont été particu-lièrement réduites : – 43 % pour l’électricité, -21 % pour l’essence, -16 % pour le fioul, -15 % pour le gaz naturel. Ramené à l’activité de la clinique (jour d’hospitalisation), la Clinique Pasteur à Toulouse (31) réduit son impact carbone depuis 2015 : 148,4 kgeqCO2/ jour d’hospitalisation en 2018 contre 166,6 kg en 2015, soit une amélioration de 11 %. L’Hôpital Privé Nord Parisien à Sarcelles (95) a réduit de 53 % ses émissions de gaz à effet de serre par rapport à 2009. De même, le 4e Beges réalisé en 2019 par la Clinique St Roch à Cambrai ( 59) affichait une réduction de 52 % des émissions par rapport au premier bilan réalisé en 2010. Surtout, le scope 3 du bilan représentait 95 % du total des émissions de gaz à effet de serre de l’établisse-ment. Alors que les objectifs initiaux étaient de réduire l’impact carbone de 20 %, l’établissement a d’ores et déjà dépassé les objectifs de l’Accord de Paris. Le prochain Beges complet est prévu en 2022.

En pratique, exemples :

Des solutions existent et certains hôpitaux sont passés à la pratique ! L’Hôpital de Carcassonne a réussi à investir dans des panneaux solaires pour être en autoconsommation énergétique.  Les Hôpitaux Universitaires Paris Seine-Saint-Denis de l’AP-HP s’inscrivent dans un programme d’utilisation d’énergie verte : une chaufferie biomasse est déjà à l’œuvre dans l’hôpital universitaire Avicenne de Bobigny et à l’hôpital Jean Verdier. Le Centre Hospitalier Mémorial de Saint-Lô s’est engagé depuis quelques années dans la démarche de développement durable : un système de recyclage de l’eau en blanchisserie a été mis en place, ce qui a permis d’économiser 28 % du volume d’eau utilisé ; des dispositifs d’éclairage basse consommation ainsi que des détecteurs de présence ont été installés. Des filières de collecte ont été créées dans tous les services et la vaisselle jetable a été remplacée par une vaisselle non jetable. À Sarcelles, des ambulanciers se sont entendus avec des établissements de santé pour faire du co-voiturage de patients hospitalisés. Depuis 5 ans ils ont réussi à réduire de 40 % leurs émissions de gaz à effet et ont fait économiser à l’assurance maladie, 100 000 €/an. Au CHU d’Amiens, on a opté pour un recyclage des outils métalliques à usage unique à la sortie du bloc opératoire. Ils sont récupérés, stérilisés, broyés et revendus à une filière d’inox.

Vous avez dit transport ?

Les mobilités alternatives, c’est bien pour la planète et bon pour la santé ! ©Maarten van den Heuvel sur Pexels.com

Un quart des émissions de gaz à effet de serre générées par un établissement est dû aux transports. Les établissements sanitaires et médico-sociaux déploient progressivement des actions en faveur de l’écomobilité des personnes et des produits. Un des axes principaux développé dans le plan mobilité employeur, est le vélo.

Quelques exemples ? Au Centre Hospitalier de Niort, les salariés cyclistes bénéficient d’un atelier de réparation de vélo sur site. À Nantes, l’Hôpital Privé du Confluent a porté la capacité d’accueil des parkings à 170 places, dont 60 sécurisées, et les marquages vélo sont actuellement renouvelés. À Clermont-Ferrand, le CHU a implanté plusieurs parcs à vélos sur ses différents sites. Certains sont fermés et dédiés aux personnels, d’autres sont ouverts aux usagers. L’établissement s’est également rapproché de l’ARS pour obtenir des subventions spécifiques afin de mettre en place un forfait mobilité. De nombreux autres établissements comme les CHRU de Strasbourg (67), de Tours (37) et le CHU de Nantes (44) mettent à disposition des flottes de vélos en partenariat avec les sociétés locales de location.

LE C2DS

Le Comité pour le développement durable en santé (C2DS) est une association à but non lucratif qui fédère depuis 14 ans des établissements sanitaires et médico-sociaux engagés dans une démarche de développement durable. Ce réseau compte aujourd’hui 700 établissements de santé adhérents (une quinzaine de CHU, une dizaine de centres de lutte contre le cancer, des centres hospitaliers, des cliniques, des Ehpad, et depuis peu des cabinets médicaux…) de toute activité et de tous statuts juridiques confondus, dans une recherche d’équilibre, depuis sa création. http://www.c2ds.eu

Son label : THQSE

Développé par l’agence Primum Non Nocere, il est inspiré par les lois « Grenelle 1 et 2 », l’Accord de Paris, les normes ISO 26000 et 14001, EMAS, la certification HAS, le Plan santé au travail, le Plan national santé environnement, le Plan climat, le Plan national d’adaptation au changement climatique, le Plan biodiversité, la déclaration d’Ostrava et les ODD de l’ONU. http://www.agenceprimum.fr

Publié par presscard49096

"Le libre arbitre, c'est le pouvoir de se déterminer soi-même sans être déterminée par rien"

Une réponse sur « COP 26 : le monde de la santé ? En progrès ! »

  1. Hello ! Je suis bien triste de n’avoir pu entrer quelques mots sur votre « Oedipe » : il n’y avait pas d’espace « Laisser un commentaire »… C’était seulement pour dire que la relation d’Antigone à Oedipe, son père, serait une très belle matière théâtrale. Et puis j’adore le personnage d’Antigone, surtout celui mis en avant par Anouilh…
    Sur le présent article, bravo pour la documentation. Quant à économiser l’énergie, je propose d’envisager des tricycles-ambulances… 😉

    J’aime

Les commentaires sont fermés.

%d blogueurs aiment cette page :