La bibliothèque de l’Alcazar s’associe, chaque année, au festival Jazz sur la ville avec Alcajazz. Jusqu’au 30 novembre, une exposition, une chronique photographique du photojournaliste Christian Ducasse, est consacrée à Didier Lockwood disparu en février 2018. Le 5 novembre, son frère, Francis Lockwood sera au Fender Rhodes pour un concert clin d’oeil, avec Alain Caronna à la guitare et Jacques Ménichetti à la basse.

Didier Lockwood © Philippe Levy-Stab

Un musicien d’exception

À 13 ans, il intègre l’orchestre lyrique du théâtre municipal de Calais. En 1972, il obtient les premiers prix du conservatoire de Calais (où il est né) et de musique contemporaine de la Sacem. Ce ne sera pas le classique pour lui mais le jazz, comme son pianiste de frère aîné, Francis. Il a 17 ans lorsqu’il intègre ce qui est aujourd’hui le plus vieux groupe de rock français, Magma, spécialiste d’un genre musical particulier… le « zeuhl », un mélange de jazz, de rock et de classique. Beaucoup d’autres musiciens passeront dans Magma. En 1976, Didier Lockwood quitte Magma, rejoint le groupe Zao et enregistre l’album « Kawana ». Remarqué par Stéphane Grapelli, il accompagne ce dernier en tournée. Il fonde le Didier Lockwood Group avec notamment Francis aux claviers, Jean-Michel Kajdan à la basse et Jean-Paul Ceccarelli à la batterie. En 1985, son album purement jazz « Out Of The Blue » enregistré à New-York, accompagné par Gordon Beck, Cecil McBee et Billy Hart, gagne trois étoiles dans le magazine DownBeat et la première Victoire de la Musique. Il tourne dans le monde entier, collabore avec de très nombreux musiciens, Miles Davis, Claude Nougaro, Herbie Hancock, Barbara, Jacques Higelin, Michel Petrucciani, Martial Solal, Marcus Miller, Elvin Jones, les frères Marsalis, Aldo Romano… Jazz-fusion électrique, jazz acoustique, jazz manouche, jazz et musique classique avec le spectacle « Le jazz et la diva » avec la cantatrice Caroline Casadesus, il est de tous les styles. Avec grand, très grand talent.

Photos signées Christian Ducasse

Didier Lockwood et Christian Ducasse International Jazz festival de Nîmes juillet 1981 – by courtesy Claude Vesco

Reporter photographe, presse, magazine, Christian Ducasse qui collabore à l’agence Gamma (depuis 1987) & Dalle (depuis 2016), a fait l’apprentissage du métier de reporter photographe entre l’Université d’Aix-en-Provence et Marseille dans les années 70. À cette époque il découvre la musique de jazz grâce à un compagnonnage complice avec le musicien Jacques Ménichetti dont il dit que peu de marseillais mesurent le génie à la fois singulier et universel de ce musicien et cinéaste, agitateur infatigable. « En 1978 lorsque le batteur Vincent Séno monte un big band, Ménichetti sera de l’aventure et j’aurai plaisir à suivre les premiers pas de cet orchestre de jazz. Jacques Ménichetti montera dans la foulée le groupe de jazz fusion « Au Secours » puis « CO2 » qui invitera Didier Lockwood, grand amoureux de Marseille où il se produira dans des contextes variés, fidèle aussi du bar Le Pelle Mêle créé par Jean Pelle. » La rencontre de Didier Lockwood sera féconde et Christian suivra la trace de l’artiste jusqu’à sa disparition subite en 2018.

L’exposition clin d’oeil à Didier

Les frères Lockwood, Francis et Didier. (coll F Lockwood)

Cette exposition accueillie à La médiathèque Simon Veil à Marguerittes de septembre à octobre 2021, dans le cadre du Nïmes Metropole Jazz Festival, se retrouve avec une vingtaine de photos à l’Alcazar, à Marseille. « Avec, précise Christian Ducasse, deux invités et deux photos, l’une prise par Claude Vesco, l’autre par Serge Mercier », reporter photographe à la Provence. L’expo ? C’est une chronique photographique (1977-2018) qui débute à Marseille lors d’un concert du guitariste Alain Caronna à la salle Saint-Georges en décembre 1977 et s’achève au club de jazz le Duc des Lombards le 30 janvier 2018 peu de temps avant la disparition de Didier Lockwood. Christian Ducasse raconte : « Marseille fut un terrain d’aventures pour Didier Lockwood, une ville de rencontres fécondes où son frère ainé Francis l’avait attiré. Le guitariste Alain Caronna ou le bassiste Jacques Ménichetti bonifiaient sa présence et réciproquement de 1974 à 1979. En mode acoustique, pop-rock ou jazz-rock le violon endiablé de Lockwood participait à nombre de bacchanales musicales. Didier fut aussi l’invité à Châteauvallon (Var) en 1979 du Jazz Hip trio, formation créée par le contrebassiste Roger Luccioni, personnalité du jazz côte Sud. À cette époque un observateur distrait aurait pu penser que Didier était devenu un vrai marseillais. Avec son premier quartet de jazz, Didier Lockwood joue dans sa ville d’adoption le 1er mars 1981 au théâtre Axel Toursky pour la naissance d’une toute nouvelle association : le Cri du Port.

(coll Francis Lockwood)

Didier, la transmission

Didier Lockwood était aussi très impliqué dans l’éducation musicale : auteur d’une méthode d’apprentissage du violon jazz, il avait créé en 2001 une école d’enseignement de l’improvisation, le Centre des musiques Didier Lockwood (CMDL) à Dammarie-les-Lys (Seine-et-Marne), dont il fut adjoint à la culture. Cette école avait pour objet initial de perpétuer une école de violon jazz français reconnue à l’internationale, représentée par la génération Didier Lockwood, Stéphane Grappelli, Jean-Luc Ponty et Michel Warlope. Cette école étant notamment celle de l’improvisation, le CMDL s’est ouvert peu à peu à un grand nombre d’instruments, en respectant cette spécificité qu’est l’enseignement des musiques improvisées.

Savez-vous que ?

De « Surya » en 1978 à l’ultime « Open Doors » en 2017, Didier Lockwood a enregistré une trentaine d’albums en leader ou co-leader.

J’ai rencontré Didier Lockwood lors d’une interview faite au moment où il travaillait avec Jacques Higelin. Les deux faisaient la paire… Je l’ai vu plusieurs fois en concert, toujours impressionnée par son art, par son charisme, par son éclectisme, sa curiosité pour les autres musiques dont la musique indienne avec le spectacle de Raghunath Manet. Et un mot sur Francis, superbe pianiste de jazz. Mais j’en dirai plus lors d’un autre article !

Bibliothèque Alcazar 58 Cr Belsunce, 13001 Marseillebibliotheques.marseille.fr

Publié par presscard49096

"Le libre arbitre, c'est le pouvoir de se déterminer soi-même sans être déterminée par rien"

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